Je suis un tubercule (1985)

 par Olivier Aulry

Non. Je n’ai rien à faire, rien à dire. Je suis un tubercule traité contre la germination, abandonné au fond d’un vieux sac de jute dans une cave pleine de rats qui ne veulent même pas de moi. Je suis un morceau de pierre, un caillou, un galet qui s’est mêlé aux tubercules et dont la cuisine n’a que faire. Au fond de mon sac de jute piétiné par les rats, sur le sol en terre battue d’une cave, je plante toute mon attention de galet en forme de tubercule à travers les rets du sac sur ce vasistas lumineusement blanc malgré la vitre sale et les toiles d’araignée et j’attends, j’attends que me pousse une main autour de moi, que me vienne un bras sur cette main et au bout de ce bras un vieux gamin méchant, mauvais, complètement imbibé de rage, d’un plein sentiment de guerre dont je suis la matérialisation, et qu’il me lance de toutes ses forces à travers la vitre sale mais éblouissante du vasistas, que je m’enflamme comme un météore au contact de l’atmosphère et que les hommes dans le ciel fassent un vœu, un vœu de joie qui incendierait leurs regards d’un feu inoubliable.

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