La mort dans l’âme – 21 mars, poème (1983)

 par Olivier Aulry
publié en 1983 dans la revue NRF
.

Le vent frémit dans mes fenêtres.

L’hiver calme et serein n’est plus.

Je regrette qu’il ait pu naître

ce printemps rauque aux doigts velus.

.

Fini l’ordre dur des jours froids,

qui, du moins, ne blessait le coeur.

Maintenant vient le désarroi

au bout d’un ruban de douceur.

.

Mais les peines du cœur sont vivre!

(Me disait mon père autrefois)

et tout ce qui nous en délivre

est indigne de notre choix.

.

L’hiver était une musique

qui me rapprochait de mon Dieu;

plus j’écoutais ce beau cantique

et plus je devenais sérieux.

.

Mais un jour tout s’est transformé:

la pluie tombait tendre et secrète

et tiède sur l’étang gelé,

les arbres secouaient la tête.

.

Mille bourgeons clignaient vers moi

comme un ciel à portée de main.

J’avançais, je me sentais roi,

riche de tout sur mon chemin.

.

Ah la pluie remplissait mes poches

d’une fine monnaie d’argent,

j’en étais du chef aux galoches

inondé généreusement.

.

Alors je me suis mis tout nu

et j’ai chanté le cœur en larme

un air que j’avais retenu

d’un défilé de place d’armes.

 

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