Peindre d’après modèle

Peindre d’après sujet ou Doigtoyer ce que l’oeil voit

Courant 2005, quelques mois après avoir découvert le pastel d’après modèle à l’atelier pédagogique de Francine Sanz, j’ai fait l’expérience de peindre d’après modèle, et ç’a été sur le coup un très gros stress.

La confrontation au sujet – photo, tableau, nature morte – était l’axe du cours. On pouvait copier, ou interpréter. Dans cette liberté, et par l’attention opportune de Francine, je suis allé de surprise en surprise, me laissant conduire les mains et les doigts par le sujet – que je gardais à l’œil. Il est troublant de voir apparaître sur son carton investi de traces de pigments poudreux, un reflet ressemblant du sujet en dépit des maladresses. C’est une bénédiction, une opportunité et un mystère, et cela ne se laisse pas facilement contrôler par la technique.

Je m’en tenais pusillanimement au pastel, jusqu’au jour où Francine, pourtant pas du genre directive, m’a dit: « maintenant, tu passes à la peinture ». Ce passage, je le redoutais ; il me donnait le sentiment de prendre un énorme risque. Comme dans mon enfance, quand mon père m’avait lancé la première fois sur un vélo sans petites roues, me revoilà dans une expérience première, une « initiation », qui va m’orienter vers un autre cap, faire de moi quelqu’un de différent. Je pouvais trébucher, rater, ne pas aimer, et les choses s’en seraient tenues là pour la peinture d’après modèle – je n’avais jamais pratiqué qu’une peinture d’imagination, et rarement.

Qu’est-ce qui a fait que peindre était plus intimidant que le pastel? Pour commencer, il fallait verser sur une palette de grosses « bouses » de couleurs qu’on ne pourrait jamais remettre dans leurs tubes, et qui finiraient en grande partie gâchées. Quelles teintes choisir, parmi les dizaines de tubes et de pots stockés dans des cartons près de la paillasse de l’évier, et quelles quantités ? Je faisait la queue avec le peu de « peignantes » du groupes, (j’étais alors le seul homme) , qui venaient s’approvisionner. Je cherchais leur approbation, leur empathie, je  leur demandais conseil sur ces questions, mais aussi sur la taille des pinceaux qui se présentaient en hérissons, tout bigarrés de taches de peinture. Les plus aguerries étaient celles qui donnaient le moins de conseils: Chacun doit trouver sa façon de faire, il suffit juste de rincer les palettes et nettoyer les pinceaux à la fin… Du coup, je m’en remis un peu au hasard, et retournai derrière mon chevalet près de la porte. J’avais un modèle,  une photocopie noir & blanc d’un détail d’un tableau de Rembrandt.

Après trois décisions à peu près arbitraires, je tiens en main le pinceau chargé de couleur et le rapproche de la grande feuille de carton blanc. Je regarde le modèle, la partie que j’ai choisi de commencer à reproduire. Elle est prise dans un mouvement, et c’est ce mouvement que j’attrape dans ma main et pousse jusqu’au pinceau, qui fait ainsi une première marque sur le papier vers le centre. J’affronte cette tache avec crainte. Et puis, c’est juste un point d’appui du mouvement; ça ne va pas très loin, mais pas dans le mauvais sens. Je reviens au modèle, je perçois une nouvelle profondeur dans ce « mouvement » des formes et de la clarté – des « valeurs » comme dit Francine. Je retourne au carton avec plus de matière en tête que je  fais passer par le pinceau à la feuille.  L’œil puise de l’énergie dans la comparaison du modèle et de la peinture, et  la transmet au doigt qui l’enfonce dans les traits… [à suivre]

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