Le trou de ma mère

Le trou de ma mère

 Cela que tu fus, mère, 

d’inatteint

par l’éphémère.

Cela tien d’inéteint,

âtre,

sous l’étouffoir des soirs.

 

Cela de toi certain,

main,

que de matin en matin

tu perpétuas.

 

Cela rajusté d’un fil blanc,

qui pince appétit de printemps

au cintré de la robe à coudre.

 

Cela vocal et qui s’est tu,

émietté de phrases rompues

au long du chemin sans issue

où te suivre nous a planté ;

 

Cela dense et qui fut fêlé

au seuil et qu’on trouva coulé

dans cette mort jumelle à toi

en place exacte de ton corps.

.

Cela perdu en poids et nombre

de ce toi que tu fus, mère, à l’insu de nos vues jeteuses d’ombres ;

cela poussé d’en bas au su de nous – ta chair ;

cela creux, qui a crû par dévoration de terre.

 

Cela loin et qui est venu nous habiter le cœur ;

cela repoussé à demain quand nous comptaient les mêmes heures ;

cela tenu pour peu et qui maintenant fait du bien ;

cela tenu pour tien et qui n’était que jeu.

 

Cela qu’on n’osait voir, et qu’on voudrait hisser ;

cela qui te gênait, et qu’on voudrait tresser ;

cela sauvé du grand, et qui pourtant se corrompit ;

cela gagné sur le petit, et qui de toi partie se départit ;

 

cela qui faisait mal au cœur à te rendre incolore ;

cela blessé sans réconfort, et quotidien à te gommer la face ;

cela au goût de fade, sous l’abattant de ton secrétaire inhalé ;

cela de toi courbé de tant de dos, comme une citadelle.

 

Cela léger et négligé comme ces graines étoilées qui ne sont que du vent visible.

Cela sans feuille et rabougri, qu’on n’a pas jeté par oubli,

mais qui tramait ses racines dans nos poumons.

Cela qui a dit non après tant de jours oui.

 

Quelqu’un ! mais aussi un trou

cornet, sonde, regard – un moyen

de voir cela qui de toi tient.

(publié: Traction-Brabant n°47, juillet 2012 & Décharge n°156, décembre 2012)

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